On parle souvent du bruit d’une pompe à chaleur avec un seul chiffre, alors qu’une fiche technique en donne au moins deux, et qu’un litige de voisinage n’utilise ni l’un ni l’autre. La puissance acoustique déclarée par le fabricant décrit l’appareil. La pression acoustique décrit ce que l’on entend à une distance donnée. La gêne du voisin, elle, dépend de la manière dont le bruit de la PAC se détache du calme ambiant. Si l’on distingue ces trois niveaux, on peut prendre les décisions dans le bon ordre : choisir le modèle, choisir l’emplacement, soigner la pose, puis savoir quel texte s’applique en cas de conflit.
Combien de décibels fait une pompe à chaleur, et d’où vient le bruit ?
Sur une PAC air-eau ou air-air, l’essentiel du bruit vient de l’unité extérieure : le ventilateur brasse de grands volumes d’air et le compresseur fait vibrer l’ensemble. Selon le Centre d’information sur le bruit, la plupart des PAC émettent entre 50 et 60 dB(A) (CidB, 2023). La Fédération française du bâtiment indique de son côté 50 à 65 dB pour les unités extérieures (FFB, 2024). Chez un fabricant comme Bosch, la gamme annoncée va de 45 à 63 dB(A) (Bosch Home Comfort, consulté en 2026), le haut de la fourchette correspondant aux modèles air à l’extérieur.
Ces fourchettes ne sont pas comparables entre elles tant qu’on ne sait pas s’il s’agit d’une puissance ou d’une pression acoustique, ni à quelle distance. La section suivante y revient.
Les PAC géothermiques sont beaucoup moins concernées : elles n’ont pas de ventilateur extérieur, puisque les calories sont captées dans le sol, et le compresseur reste dans le logement. L’unité intérieure d’une PAC aérothermique est, elle aussi, plus discrète, mais elle peut gêner si elle est installée contre une chambre. L’AFPAC recommande d’ailleurs de l’éloigner des pièces de nuit (CAPEB d’après l’AFPAC, 2021).
Le bruit d’une même machine n’est pas constant. En hiver, l’unité extérieure doit régulièrement dégivrer son échangeur : le cycle s’inverse brièvement, ce qui produit des bruits de détente et de souffle différents du régime habituel. La nuit, en mode chauffage, la demande peut être forte au moment même où le calme ambiant est le plus grand. Le bruit de la PAC n’augmente pas forcément, mais il ressort davantage.
Puissance acoustique, pression à 5 m : lire correctement une fiche technique
La puissance acoustique (notée LWA ou Lw) mesure l’énergie sonore émise par l’appareil. C’est une caractéristique propre à la machine, qui ne dépend ni du jardin ni de la distance. La pression acoustique (Lp) correspond à ce que capte un sonomètre, ou une oreille, à un point donné. Elle diminue avec la distance et varie selon l’environnement : un mur, un angle ou une cour fermée renvoient le son. Une fiche technique qui annonce une valeur nettement plus basse que celle d’un concurrent indique souvent une pression mesurée à distance face à une puissance acoustique : les deux chiffres ne se comparent pas.
La puissance acoustique est la seule valeur encadrée au niveau européen. Le règlement d’écoconception des dispositifs de chauffage fixe un plafond selon la puissance thermique de la PAC, par exemple 65 dB à l’extérieur pour un appareil de 6 kW ou moins (Règlement UE n°813/2013, 2013).
| Puissance thermique nominale | LWA maximale à l’intérieur | LWA maximale à l’extérieur |
|---|---|---|
| Jusqu’à 6 kW | 60 dB | 65 dB |
| De 6 à 12 kW | 65 dB | 70 dB |
| De 12 à 30 kW | 70 dB | 78 dB |
| De 30 à 70 kW | 80 dB | 88 dB |
Ce plafond garantit un niveau minimal pour l’appareil. Il ne dit rien de la gêne réelle, qui dépend de l’emplacement. Pour se représenter l’effet de la distance, la FFB retient une atténuation d’environ 6 dB à chaque doublement de la distance (FFB, 2024). Ce repère vaut en champ libre. Contre une façade ou dans un recoin, les réflexions réduisent ce gain : éloigner l’unité de quelques mètres aide donc moins qu’on ne le pense si on la place dans un angle.
Avant de comparer deux modèles
- Comparer puissance avec puissance, ou pression avec pression, jamais l’une avec l’autre.
- Pour une pression, vérifier que la distance de mesure est identique sur les deux fiches.
- Vérifier le régime de fonctionnement indiqué : nominal, réduit ou maximal.
- Rechercher l’existence d’un mode nuit ou d’un mode silencieux, et savoir s’il limite la puissance de chauffe.

Ce que dit vraiment la loi : PAC domestique ou PAC professionnelle
On lit souvent qu’une PAC ne doit pas dépasser de plus de 5 dB le bruit ambiant le jour et de 3 dB la nuit. Pour une installation de particulier, c’est inexact. Le Code de la santé publique distingue deux régimes.
Pour une PAC domestique, c’est l’article R1336-5 qui s’applique : aucun bruit particulier ne doit, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porter atteinte à la tranquillité du voisinage (Légifrance, Code de la santé publique). Interrogé sur ce point, le Gouvernement a confirmé dans une réponse publiée le 24/01/2023 que l’infraction peut alors être constatée à l’oreille, sans mesure au sonomètre, et qu’il ne prévoit pas de modifier ces règles. Il s’appuie sur un guide du Conseil national du bruit de 2018 (Assemblée nationale, 2023). Selectra fait la même lecture : le seuil d’émergence ne vise pas les PAC résidentielles (Selectra, 2026).
Les seuils chiffrés concernent les PAC à usage professionnel. L’émergence, c’est-à-dire l’écart entre le bruit ambiant avec l’appareil et le bruit résiduel sans lui, est limitée à 5 dB(A) de 7 h à 22 h et à 3 dB(A) de 22 h à 7 h, avec un terme correctif selon la durée du bruit (articles R1336-6 et R1336-7) (Légifrance, Code de la santé publique). À l’intérieur des logements voisins, s’ajoutent des limites de 7 et 5 dB selon la bande de fréquence (CidB, 2023).
La notion d’émergence explique pourquoi une PAC peut poser plus de problèmes à la campagne qu’en ville. Le CidB donne l’exemple d’un bruit résiduel de 30 dB auquel s’ajoute une PAC qui produit 30 dB : le niveau total atteint 33 dB (CidB, 2023), car les décibels ne s’additionnent pas arithmétiquement. L’émergence atteint alors déjà la limite de nuit fixée pour les activités professionnelles. Dans un environnement très calme, un appareil discret peut donc devenir nettement audible.
Indépendamment du Code de la santé publique, le voisin gêné peut agir au civil sur le fondement du trouble anormal de voisinage, une notion construite par les tribunaux. Le juge apprécie alors la gêne au cas par cas, selon le contexte des lieux.
Bien placer l’unité extérieure : les règles de pose qui évitent le conflit
L’emplacement compte autant que le modèle. Le CidB et l’AFPAC convergent sur les endroits à éviter :
- la limite de propriété, et tout point proche de la terrasse ou des fenêtres du voisin ;
- la façade de ses propres chambres ;
- les cours fermées, les patios et les angles de murs, qui font réverbérer le son ;
- une orientation du soufflage vers une habitation : Bosch conseille de le diriger vers un espace dégagé (Bosch Home Comfort, consulté en 2026).
Côté pose, la fiche n°2 de l’AFPAC détaille les points qui évitent la transmission des vibrations : support désolidarisé du bâti, plots antivibratiles, liaisons frigorifiques ou hydrauliques souples (CAPEB d’après l’AFPAC, 2021). Une unité fixée directement sur un mur mitoyen peut transmettre ses vibrations au voisin, même si elle paraît silencieuse dans le jardin.
L’emplacement a aussi des conséquences en matière d’urbanisme. Selon le ministère de la Justice, une unité extérieure visible depuis l’espace public ou depuis un bâtiment voisin impose une déclaration préalable. Si elle n’est pas visible, elle en est dispensée, sauf en secteur protégé. En copropriété, l’installation doit être votée en assemblée générale à la majorité absolue de l’article 25 (justice.fr, 2026). La même fiche rappelle que l’autorisation d’urbanisme ne dispense pas de respecter l’article R1336-5.
Enfin, les recommandations de l’AFPAC reprises par la CAPEB conseillent de confier la pose à un installateur RGE, de choisir une PAC certifiée NF PAC, Eurovent ou HP Keymark, et d’évaluer la nuisance avant les travaux, de préférence au sonomètre (fiche n°3) (CAPEB d’après l’AFPAC, 2021). La FFB renvoie de son côté vers l’outil d’évaluation acoustique de l’AFPAC (FFB, 2024). Faire cette simulation avant de signer coûte moins cher que de déplacer une unité déjà raccordée.
Réduire le bruit d’une PAC déjà installée
Avant d’acheter un écran ou un coffrage, il faut identifier la nature du problème. Un bourdonnement perçu à l’intérieur de la maison voisine indique plutôt des vibrations transmises par le support ou les canalisations. Un bruit qui augmente au fil des saisons peut venir d’un échangeur encrassé ou d’un ventilateur déséquilibré. Une gêne présente dès la mise en service, avec une machine en bon état, vient souvent de l’emplacement.
Les solutions se classent par ordre d’effort :
- Réglage et entretien. Nettoyer, vérifier le ventilateur, activer le mode nuit s’il existe. C’est l’objet du contrat d’entretien recommandé par l’AFPAC.
- Plots antivibratiles et liaisons souples. Ils sont efficaces contre les vibrations, mais n’agissent pas sur le bruit aérien.
- Écran acoustique ou barrière végétale. La FFB cite ces deux options (FFB, 2024). Une haie masque visuellement l’appareil mais arrête peu le son. Un écran plein, placé entre l’unité et le voisin, est plus efficace.
- Coffrage. Il doit être conçu pour le modèle concerné. Un caisson qui gêne l’aspiration ou le soufflage dégrade le rendement et peut faire monter le ventilateur en régime, donc en bruit.
- Déplacement de l’unité. C’est la solution la plus lourde, souvent la seule vraiment efficace quand l’emplacement d’origine est en cause.
Si l’appareil est récent, le CidB rappelle que l’installateur ou le fabricant peut être sollicité (CidB, 2023), en particulier lorsque la pose ne respecte pas les préconisations de la notice.

Voisin gêné par une pompe à chaleur : les démarches dans l’ordre
La première étape est amiable. Il s’agit d’en parler, puis d’écrire en décrivant précisément la gêne : horaires, type de bruit, pièces concernées. Beaucoup de conflits se règlent à ce stade, parce que le propriétaire de la PAC ne l’entend pas de chez lui. Sans réponse, la mairie peut intervenir, ainsi que le service communal d’hygiène et de santé quand la commune en dispose. Selectra décrit ensuite le recours à la police municipale, puis une tentative de conciliation, obligatoire avant de saisir le tribunal (Selectra, 2026).
Pour constituer un dossier, le CidB cite les témoignages, le constat d’un commissaire de justice et le relevé d’un acousticien (CidB, 2023). Pour une PAC domestique, la mesure n’est pas obligatoire, mais un relevé reste utile pour objectiver la gêne devant un juge.
Sur le plan pénal, l’atteinte à la tranquillité prévue par l’article R1336-5 est une contravention de 3e classe, punie d’une amende pouvant aller jusqu’à 450 € (CidB, 2023). Les montants publiés varient selon les sources : il faut vérifier le barème en vigueur avant toute démarche. Au civil, l’action pour trouble anormal de voisinage peut aboutir à des travaux, au déplacement de l’unité ou à des dommages et intérêts, selon l’appréciation du juge.
Pour celui qui installe comme pour celui qui subit, le plus simple reste d’anticiper. Il faut lire la puissance acoustique pour choisir le modèle, raisonner en pression et en distance pour choisir l’emplacement, puis se demander comment le bruit sera perçu de l’autre côté de la clôture, de nuit et en hiver.
Sources
- Légifrance – Code de la santé publique, section des articles R1336-4 à R1336-13 — R1336-5 : aucun bruit particulier ne doit, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porter atteinte à la tranquillité du voisinage. R1336-6 et R1336-7 : pour les activités professionnelles, émergence limitée à 5 dB(A) de 7 h à 22 h et 3 dB(A) de 22 h à 7 h, avec terme correctif selon la durée. (version en vigueur au 18/04/2019)
- Assemblée nationale – Question écrite n°124 (16e législature), réponse ministérielle — Pour les PAC des particuliers, c’est l’article R1336-5 qui s’applique : l’infraction peut se constater à l’oreille, sans sonomètre. Pour les PAC professionnelles, ce sont les articles R1336-6 à R1336-9, avec mesure. Le Gouvernement ne prévoit pas de modifier cette réglementation et s’appuie sur un guide du Conseil national du bruit de 2018. (Réponse publiée le 24/01/2023)
- Union européenne – Règlement (UE) n°813/2013 (écoconception des dispositifs de chauffage) — Niveau de puissance acoustique maximal des PAC (intérieur / extérieur) : ≤ 6 kW : 60/65 dB ; 6-12 kW : 65/70 dB ; 12-30 kW : 70/78 dB ; 30-70 kW : 80/88 dB. (Règlement du 02/08/2013, exigences applicables depuis le 26/09/2015)
- CidB – Centre d’information sur le bruit, fiche « Bruits des pompes à chaleur » — La plupart des PAC émettent 50 à 60 dB(A). La distinction domestique (R1336-5, contravention de 3e classe jusqu’à 450 €) / professionnelle (émergence 5/3 dB(A) à l’extérieur, 7 et 5 dB à l’intérieur selon la fréquence) est expliquée. Arrêté du 23/06/1978 : Lp ≤ 50 dB(A) à 2 m des façades voisines. Exemple 30 dB + 30 dB = 33 dB. Conseils de pose : éviter limites de propriété, chambres et cours fermées. (À jour au 01/03/2023)
- justice.fr – Ministère de la Justice (fiche pratique) — Unité extérieure de PAC visible depuis l’espace public ou un bâtiment voisin : déclaration préalable obligatoire. Non visible : dispense, sauf en secteur protégé. L’installation ne doit pas créer de trouble anormal (R1336-5 CSP). En copropriété, un vote à la majorité absolue (art. 25) est nécessaire. (Mise à jour le 30/03/2026)
- FFB – Fédération française du bâtiment (article UMGCCP) — Les unités extérieures de PAC émettent typiquement 50 à 65 dB, avec une atténuation d’environ 6 dB à chaque doublement de la distance. Solutions de prévention citées : plots antivibratiles, écrans phoniques ou barrières naturelles, coffrage. Renvoi vers l’outil d’évaluation acoustique de l’AFPAC. (16/12/2024)
- CAPEB Rhône, d’après le « Pack Silence » de l’AFPAC — 10 recommandations pour une pose silencieuse : installateur RGE PAC ; PAC certifiée Eurovent, NF PAC ou HP Keymark ; fiches AFPAC n°2 (pose : support, liaisons, écran, coffrage) et n°3 (évaluation de la nuisance, de préférence au sonomètre) ; unités intérieures loin des pièces de nuit ; respect du décret 2006-1099 ; contrat d’entretien. (Mars 2021 (fichier d’avril 2021))
- Selectra (presse spécialisée énergie) — Le seuil de 5 dB (R1336-7) ne s’applique pas aux PAC résidentielles, qui relèvent de R1336-5. L’article décrit aussi un parcours amiable, police municipale, conciliation obligatoire puis tribunal. Il cite une moyenne de 49 dB à l’extérieur sur 1 081 PAC, sans source primaire : chiffre à NE PAS reprendre. (06/09/2026)
- Bosch Home Comfort (fabricant) — Gamme Bosch entre 45 et 63 dB(A), jusqu’à 63 dB(A) à l’extérieur pour les modèles air. Conseils : supports absorbants, plots antivibratiles, orientation du soufflage. Attention : les seuils de 55/40 dB(A) cités sur la page ne sont pas le droit français et ne doivent pas être repris. (Non datée (consultée le 10/10/2026))


